Enfin le «Oui, je le veux» pour Cristiano

Paru dans Haïti en Marche 19 Août 2026 pages 13-14 par Michelle Latortue

Il possède des Ballons d’or, des trophées, une fortune considérable et une notoriété planétaire. Pourtant, depuis quelques jours, Cristiano Ronaldo semble particulièrement heureux d’exhiber un objet d’une simplicité presque déconcertante au regard de tout ce qu’il possède déjà: une alliance.

Le 11 août dernier, après une décennie de vie commune avec Georgina Rodríguez, le footballeur portugais a prononcé le « oui » qui fait officiellement du couple mari et femme. La cérémonie civile, organisée dans l’intimité à Cascais, au Portugal, exactement un an après l’annonce de leurs fiançailles, s’est déroulée en présence de leurs cinq enfants: Cristiano Jr., les jumeaux Eva et Mateo, ainsi qu’Alana Martina et Bella Esmeralda. À cette histoire familiale appartient aussi l’épreuve traversée en 2022, avec la perte à la naissance du frère jumeau de Bella. Ce mariage ne venait donc ni fonder leur attachement ni inaugurer leur foyer : il venait consacrer une histoire déjà forgée par le temps, les joies et les deuils partagés.

On pourrait n’y voir qu’une brève destinée à la presse mondaine. Pourtant, derrière les clichés et le faste, se profile une interrogation universelle: à une époque où l’on peut aimer, habiter ensemble, élever des enfants et bâtir toute une existence sans passer par l’autel ni la mairie, pourquoi le mariage conserve-t-il une telle force d’attraction?

L’histoire de CR7 et Georgina Rodríguez offre précisément l’occasion de réfléchir à cette institution parmi les plus anciennes de nos sociétés. Après dix ans de vie commune et une famille déjà constituée, le mariage ne venait pas créer leur amour : il lui donnait un autre statut, une reconnaissance publique et juridique, tout en inscrivant dans un geste séculaire une histoire qui existait déjà.

C’est peut-être là que réside encore aujourd’hui l’étonnante résistance du mariage: le monde a profondément changé, les modèles familiaux se sont diversifiés, mais le désir de dire publiquement « je te choisis » n’a pas disparu.

Ce constat invite à regarder le mariage pour ce qu’il est aujourd’hui, sans opposer ceux qui se marient à ceux qui choisissent une autre forme de vie commune. Un certificat ne mesure ni la profondeur d’un amour ni la solidité d’un couple. Des unions sans mariage traversent admirablement les décennies, tandis que des mariages peuvent se défaire rapidement. L’amour ne naît pas devant un officier d’état civil et aucune alliance ne peut garantir sa durée.
Alors, que reste-t-il au mariage? Beaucoup, précisément parce qu’il ne se réduit pas à l’amour. Depuis des siècles et sous des formes différentes, selon les cultures, les sociétés ont organisé l’union conjugale afin de lui donner une existence collective. Le mariage inscrit l’engagement au-delà de l’intimité du couple: il lui confère une reconnaissance familiale, sociale et juridique, assortie de droits et d’obligations touchant notamment à la protection des époux, au patrimoine et aux successions, selon les législations.

C’est ce qui rend le cas de Cristiano Ronaldo particulièrement intéressant. Il n’avait nul besoin d’un mariage pour démontrer qu’il avait construit une vie avec Georgina. Dix années ensemble, des enfants et une histoire familiale déjà bien réelle en témoignaient suffisamment. Et pourtant, ils se sont mariés. Ce «oui» n’efface pas les années précédentes; il leur ajoute quelque chose: un acte volontaire et public par lequel deux personnes donnent à une relation déjà éprouvée par le temps une dimension nouvelle.

Le mariage demeure ainsi l’une des plus anciennes et des plus durables institutions sociales de l’humanité. Les époques, les cultures et les formes de la famille ont changé, mais les sociétés continuent de reconnaître dans cette union un engagement particulier: celui de deux personnes qui choisissent de lier publiquement leur destinée, d’assumer des responsabilités réciproques et, souvent, de bâtir un cadre de transmission entre les générations. Sa force tient autant au sentiment amoureux qu’à ce qu’il lui ajoute : une parole donnée et la volonté d’inscrire le couple dans la durée. Que cette institution ait traversé les siècles tout en demeurant désirée témoigne moins de son immobilité que de sa remarquable capacité à conserver sa valeur au cœur de sociétés profondément transformées.
Cristiano Ronaldo et Georgina Rodríguez en offrent aujourd’hui une illustration presque parfaite. Voilà pourquoi leur mariage peut intéresser bien au-delà des pages consacrées aux célébrités. Derrière le faste associé à deux personnalités mondialement connues apparaît finalement une interrogation vieille comme nos sociétés : pourquoi l’être humain éprouve-t-il encore le besoin de ritualiser certains engagements?

Peut-être parce que les rites donnent une forme visible à ce qui nous traverse : une naissance, un deuil, une majorité, un mariage… Les sociétés ont toujours marqué les grands moments de l’existence par des gestes, des paroles et des symboles. L’alliance appartient à ce langage. Ce petit cercle de métal sans commencement ni fin ne crée pas pour autant l’amour. Il en devient le signe choisi, la représentation visible d’un engagement intime.
En dépit de tout, c’est bien souvent la photographie des nouveaux mariés qui raconte le mieux cette permanence. On pourrait regarder la robe blanche de Georgina, s’attarder sur le décor, sur le diamant ou sur tout ce que la fortune de Cristiano permet d’imaginer autour d’un tel mariage. Mais ce sont leurs mains — le remarquez-vous — qu’ils tendent vers l’objectif pour montrer leurs alliances: symbole visible de leur engagement.

Cristiano Ronaldo a passé une grande partie de sa vie à lever les bras devant des millions de personnes pour célébrer des buts et brandir des trophées. Il possède presque tout ce que le football pouvait lui offrir. Cette fois, pourtant, aucun Ballon d’or et aucune coupe entre ses mains : seulement une bague à l’annulaire gauche, tout comme sa femme.

Vous en conviendrez avec moi que, malgré les changements et les transformations de la société, CR7 et Georgina ont aussi prononcé avec autant de bonheur l’un des plus vieux messages que les êtres humains continuent de s’adresser depuis des millénaires : «Je te choisis.»

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