Jacques Poulin s’éteint : la littérature québécoise perd un souffle doux et profond
Montréal, le 21 août 2025 — C’est dans un silence presque aussi discret que son écriture que Jacques Poulin, romancier majeur de notre paysage littéraire, a tiré sa révérence à l’âge de 87 ans. Sa plume, fine et mélodieuse, s’est tue, mais son œuvre, elle, continue de résonner comme un murmure persistant dans l’oreille de la mémoire collective.
Une voix feutrée, un regard vaste
Originaire de Saint-Gédéon-de-Beauce, Jacques Poulin n’était pas de ceux qui cherchaient la lumière des projecteurs. C’est plutôt dans les marges, les non-dits, les silences entre les mots qu’il traçait sa route. Avec lui, chaque phrase semblait marcher à pas feutrés, chaque personnage portait un monde intérieur fait d’attachements simples et de blessures profondes.
Il avait étudié en psychologie et en lettres à l’Université Laval, mais c’est la littérature qui lui a tendu la main, doucement, comme on prend la main d’un vieil ami.
L’art du peu qui dit tout
De Mon cheval pour un royaume à Un jukebox dans la tête, en passant par le légendaire Volkswagen Blues, Poulin n’a jamais cédé aux effets de style. Il écrivait comme on respire, avec une tendresse résignée et une économie de mots qui en disait long. On lisait Poulin comme on écoute le vent dans les feuilles : pour ce qu’il dit, mais surtout pour ce qu’il tait.
Son œuvre est un refuge pour ceux qui aiment les livres où le silence a une place. Il a donné à la littérature québécoise un visage épuré, presque zen, dans une époque souvent saturée de bruit.
Le romancier de l’humanité ordinaire
Dans les pages de Poulin, il n’y avait ni héros flamboyants ni drames spectaculaires. Juste des êtres humains — traducteurs, écrivains, rêveurs, lecteurs — qui tentent de faire sens du monde. Avec lui, un vieux chat, une caravane, une bibliothèque ou une plage pouvaient devenir le théâtre d’une révolution intérieure.
Et c’est peut-être là le plus grand don de Jacques Poulin : nous rappeler que l’extraordinaire se niche dans le quotidien.
Une reconnaissance toute en retenue
S’il n’a jamais cherché les honneurs, ceux-ci sont venus à lui :
- Prix du Gouverneur général pour Les Grandes Marées (1978),
- Prix Jean-Hamelin, Québec-Paris, Molson,
- Et en 2008, le Prix Gilles-Corbeil, surnommé le « Nobel québécois ».
L’Académie, les critiques, les lecteurs fidèles — tous ont su reconnaître cette lumière douce qu’il portait en lui.
Jacques Poulin est parti.
Mais ses mots, eux, continueront de marcher à nos côtés.
Longtemps. Lentement. Profondément.
