Montréal honore Vertières

Paru dans Haïti en Marche 17 Septembre 2025 page 11 par Michelle Latortue

« Quand une ville étrangère grave notre mémoire dans sa pierre, cela dit autant sur elle que sur nous. »

C’est une nouvelle qui a fait frissonner de fierté bon nombre de membres de la diaspora haïtienne à Montréal : une station de métro portera désormais le nom de « Vertières ». Oui, Vertières, ce champ sacré où nos ancêtres ont scellé le destin de la première république noire du monde en infligeant, le 18 novembre 1803, la dernière défaite militaire aux troupes de Napoléon.

À des milliers de kilomètres de Port-au-Prince, c’est Montréal qui ose aujourd’hui graver Vertières dans sa cartographie urbaine, au cœur de l’un des plus grands projets de mobilité de la métropole. Le nom a été attribué à l’une des cinq nouvelles stations du prolongement de la ligne bleue du métro, et ce n’est pas un hasard : Saint-Michel, où sera située la station, est aussi le quartier où bat le cœur de la communauté haïtienne.

En baptisant cette station du nom de Vertières, Montréal offre bien plus qu’un arrêt de métro : elle offre un rappel permanent de l’héritage de courage, de dignité et de résistance du peuple haïtien. C’est un acte d’amour envers une communauté qui a bâti, avec sueur et fierté, une partie de cette ville.

Cette station est plus qu’un arrêt de transport. Elle est une résonance, une parole murmurée à l’oreille de milliers de passagers : Souviens-toi de qui tu es. De ce que ton peuple a accompli.

Chaque enfant haïtien né à Montréal, en entendant ce nom au micro du métro, aura une question à poser, une histoire à découvrir, une fierté à cultiver. Et cela, aucune carte d’immigration ne peut l’effacer.

Alors, oui. Félicitations à la Ville de Montréal et à la STM pour cette reconnaissance méritée. Mais cette nouvelle devrait nous secouer autant qu’elle nous honore. Car si Vertières a trouvé refuge sous le métro montréalais, elle crie à l’aide depuis le sol haïtien. Le site réel de Vertières, au Cap-Haïtien, agonise dans l’indifférence. C’est en train de devenir un non-lieu. Une plaie béante dans notre rapport à la mémoire. Comme si Haïti s’était résignée à oublier ce qu’elle a de plus grand. Le monument reste trop souvent silencieux.

Alors que Montréal inscrit Vertières dans sa géographie, il est peut-être temps pour nos institutions culturelles, nos municipalités, nos écoles, nos artistes de relancer un élan national de commémoration. Que ce nom ne reste pas une plaque dans un métro canadien, mais un flambeau allumé partout où bat un cœur haïtien.

« Vertières, ce n’est pas qu’un champ de bataille. C’est un symbole d’unité, de bravoure et de dignité. C’est aussi une promesse faite à l’Histoire — et l’Histoire attend toujours qu’on la tienne. »

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