15 ans en terre d’accueil

Michelle Latortue

Quinze jours après le séisme dévastateur qui a rendu mon pays sens dessus dessous, j’ai pris route vers la République dominicaine à destination du Canada avec comme seul bagage mon espoir de survie. Dans le bus, assise à côté de mon mari, je voyais défiler les images de ma terre natale sans trop comprendre la raison de ce départ, disons plutôt de cet abandon.

Aujourd’hui encore je me pose la question, pourquoi???. J’ai peur que cette question reste à jamais sans réponse. En réalité, je n’avais pas abandonné Haïti; mais je voulais plutôt suivre l’homme de ma vie qui, lui, avait décidé de partir, de laisser derrière lui ce désastre qui avait miné son esprit de photographe. Trois nuits passées en terre voisine ne m’ont pas permis de comprendre mon départ car j’étais oppressée par ceux que je laissais derrière moi et l’inconnu qui m’attend. Je n’étais, certes, pas à mon premier voyage, mais celui-ci avait le goût de la défaite.

28 janvier 2010, je suis arrivée au Canada sous une tempête de neige des plus marquantes. Quel baptême pour une fille des Caraïbes habituée au soleil et à la chaleur. L’exil est alors évident dans ma tête. Il faut alors me trouver une raison d’accepter désormais cette mode vie en réparation de tout ce que le séisme m’a enlevé. 15 ans après, je suis toujours dans l’interrogation de mon départ d’Haiti.

Pourtant, Je suis très reconnaissante envers cette nouvelle terre d’accueil et surtout envers tous ceux qui m’ont permis d’y vivre et m’y adapter au fil du temps – sauf que j’aurais aimé être mieux préparée… Aujourd’hui, je prends l’engagement d’accepter cette vie en terre étrangère et de continuer à travailler laborieusement en vue de créer un impact positif dans la collectivité et de rendre fiers tous ceux qui ont facilité mon arrivée au Canada. Merci de tout cœur.

Mes 15 prochaines années dans ce pays qui m’a adopté promettent, je l’espère bien, d’être plus fructueuses.

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