Gary Didier Perez : la voix d’un peuple s’éteint dans l’indifférence
Paru dans Haïti en Marche 10 Septembre 2025 page 11 par Michelle Latortue
Le 28 août 2025, la musique haïtienne a perdu une de ses figures emblématiques : Gary Didier Perez s’est éteint à l’âge de 59 ans, après un long combat contre le diabète. Ancien chanteur vedette des groupes Zenglen et Ozone, il avait marqué toute une génération avec des chansons devenues cultes telles que Anba la Tè, Kool Claudy, Soweto ou encore Honey. Ces morceaux résonnent encore dans nos cœurs comme des cris d’amour, de fête et d’identité.
Une étoile délaissée par son ciel
Ce décès brutal, survenu dans une précarité dramatique, révolte autant qu’il attriste. Car Gary Didier Perez ne bénéficiait d’aucun soutien structurel, ni d’un filet social ou culturel digne de son apport. En juillet 2023, une campagne GoFundMe intitulée “Restore Gary’s Smile : A Singer’s Recovery” avait été lancée pour venir en aide à l’artiste, dont l’état de santé se détériorait de plus en plus. Malgré tout, la collecte a peiné à mobiliser l’industrie musicale haïtienne et n’a jamais atteint les objectifs escomptés.
Comment expliquer qu’un homme qui a fait danser tout un peuple ait été contraint de quémander quelques sous par-ci par-là pour survivre — sans succès véritable ? Pourquoi, malgré l’existence d’un ministère de la Culture, nos artistes continuent-ils de mourir dans l’ombre, après avoir brillé sur nos scènes et dans nos souvenirs ?
Une mémoire vivante qui s’éteint sans archive
Gary Didier Perez, c’était plus qu’un chanteur. C’était un fragment vivant de la mémoire musicale haïtienne, une voix suave, une présence scénique magnétique et un symbole de ce que la jeunesse haïtienne pouvait rêver de devenir dans les années 90 : une étoile, libre et fière, portée par le Konpa et l’élan créatif d’une époque en ébullition.
Et pourtant, à sa mort, aucune institution ne s’est levée pour lui rendre les honneurs que méritait son nom.
Hommage, gratitude… et colère
Je ne veux pas me contenter de pleurer Gary aujourd’hui. Je veux dire merci. Merci pour ces moments inoubliables où il a su mettre du baume sur nos douleurs collectives. Merci pour cette élégance musicale qui ne trichait pas. Merci pour avoir été cette voix, même lorsque les micros ne répondaient plus.
Mais je veux aussi exprimer une colère sourde. Car il est insupportable de voir partir nos artistes dans l’oubli institutionnel, dans la pauvreté, dans l’indifférence glaciale de l’État haïtien qui se contente toujours d’afficher des slogans culturels sans jamais garantir le respect fondamental de ceux qui font vibrer la nation.
Un appel à la conscience collective
Il est temps de cesser d’applaudir uniquement nos artistes à leurs heures de célébrité et les oublier complètement quand ils se noient dans l’adversité. Il est temps de mettre en place des mécanismes concrets de soutien aux artistes, en santé comme en maladie. Il est temps d’exiger des comptes aux décideurs culturels, afin que plus jamais un Gary ne meure sans dignité.
Repose en paix, Gary Didier Perez.
Ton nom, ton œuvre et ton combat nous obligent à rêver d’un pays où l’art nourrit l’âme — et protège les artistes.
