18 novembre 2025 : une nouvelle page dans l’histoire d’Haïti
Paru dans Haïti en Marche 26 Novembre 2025 page 8 par Michelle Latortue
Le 18 novembre 2025 entre désormais dans les annales d’Haïti. Ce jour-là, les Grenadiers ont vaincu le Nicaragua 2 à 0, validant ainsi leur qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA 2026 – pour la 2e fois de son histoire.
Et comme un clin d’œil de l’Histoire, ce triomphe survient à la date exacte de la bataille de Vertières – celle qui, en 1803, a scellé la fin du joug colonial français et ouvert la voie à la première République noire indépendante du monde.
Dans un pays aujourd’hui secoué par l’insécurité, l’effondrement des institutions et l’exil forcé des matchs à l’étranger, cette victoire offre plus qu’un sursaut sportif. Elle incarne une renaissance symbolique, une main tendue entre les générations et un appel vibrant à la réconciliation nationale.
L’équipe nationale haïtienne ne porte pas le surnom de Grenadiers par hasard. Il s’agit d’un héritage direct des troupes de l’armée indigène qui, menées par Dessalines, Capois-La-Mort et consorts, ont fait plier Napoléon à Vertières, lors de la glorieuse bataille du 18 novembre 1803.
En ce mois de novembre 2025, ce sont d’autres soldats – en crampons – qui prennent le relais : pas sur un champ de bataille armé, mais sur un terrain de football. Et pourtant, le combat était bien réel. Jouer à l’extérieur faute de sécurité chez soi, défendre les couleurs d’un pays meurtri, s’arracher une place parmi les géants mondiaux alors même que l’État peine à garantir la paix sur ses propres terres, c’est quelque chose d’héroïque.
Cette qualification n’est donc pas qu’un exploit sportif, c’est bel et bien un acte de résistance, une manière de dire : « malgré tout, nous sommes encore debout ».
Durant les éliminatoires de la CONCACAF, Haïti a livré une campagne remarquable, notamment avec une victoire décisive face au Costa Rica, avant de sceller son destin contre le Nicaragua à Willemstad (Curaçao) ce 18 novembre.
Ce succès historique, marqué par deux buts nets signés Louicius Don Deedson et Ruben Providence, replace Haïti sur la scène mondiale après plus de 50 ans d’absence depuis sa première participation à la Coupe du Monde de 1974. Ces jeunes talents ont incarné, sur le terrain, l’audace et la foi d’un peuple en quête de renouveau.
À noter qu’aucun match n’a été joué à domicile. Tous ont été disputés en terre étrangère, loin du peuple, loin des stades vides mais vibrants d’espérance. Chaque but inscrit devient alors l’écho d’un rêve plus grand que le sport : celui d’un peuple qui refuse l’effacement.
Et si seulement ce moment devenait un point d’ancrage collectif ?
Ce 18 novembre pourrait marquer – et pourquoi pas – une relance, un sursaut de conscience :
- Pour que les stades haïtiens puissent rouvrir un jour et accueillir les enfants du pays dans leurs propres gradins.
- Pour que les institutions voient dans le sport un levier de paix, d’inclusion et de cohésion sociale.
- Pour que le football ne soit pas un miracle isolé, mais le cœur battant d’une fierté retrouvée.
Les Grenadiers nous montrent la voie. Reste à savoir si le pays saura les suivre.
Lettre ouverte à la nation haïtienne
À vous, joueurs de la sélection : vous êtes les héritiers des héros de 1803.
À vous, dirigeants : voici l’étincelle.
À toi, peuple haïtien : rallume la flamme.
Et si cette qualification n’était pas la fin du match, mais le début d’un nouveau rêve haïtien ? Le 18 novembre 2025 restera dans les cœurs comme un rendez-vous avec la mémoire et l’avenir. Les Grenadiers sont à l’assaut, comme en 1803, non pas contre un empire, mais contre l’oubli, la résignation, la peur. Et s’ils réussissent, c’est Haïti toute entière qui pourrait renaître, ballon au pied, mémoire en tête.
