Hommage à Fabienne R Denis : une voix de l’âme s’est élevée
Paru dans Haïti en Marche 24 Septembre 2025 page 11 par Michelle Latortue
Fabienne Denis est partie et, avec elle, c’est une lumière qui s’est éteinte dans le firmament de la musique haïtienne. La nouvelle de son décès survenu le jeudi 18 septembre a causé une onde de tristesse profonde parmi ceux qui avaient goûté à la pureté, à la grâce et à la profondeur de son chant.
Dès sa jeunesse, Fabienne baignait dans un univers de mélodies. Née dans une famille de musiciens, elle apprit la musique avec ceux qui l’entouraient. Chanter n’était pas pour elle un choix : c’était une respiration, un appel. Elle cultiva ses racines vaudou, tout en s’ouvrant à des formes musicales plus classiques. L’opéra, par exemple, fit partie de son apprentissage, à l’Académie des Beaux-Arts de Paris, témoignage de sa soif de perfection et de dépassement et de sa capacité à allier deux mondes apparemment éloignés.
Fabienne Denis n’était pas simplement une chanteuse : elle était un pont entre la tradition et l’expérimentation, entre l’enracinement vaudou et les envolées lyriques. Dans sa voix, résonnaient les notes de ses ancêtres, les murmures d’une Haïti profonde, celles de la fierté et de la douleur mêlées à l’espoir.
Son départ laisse un vide certain — un silence plus lourd que celui que nos oreilles voudraient. Pour beaucoup, ce n’est pas seulement sa voix qu’on regrette, c’est son regard sur le monde, sa façon de chanter les invisibles, de donner une voix aux souffrances que l’on tait, à la beauté que l’on oublie. Elle était don, offrande, miroir posé sur nos cœurs.
Fabienne, puisse ton voyage être doux! Que les chants que tu as lancés dans le vent trouvent écho dans les montagnes, sur les rivages, dans les âmes que tu as touchées! Tu as accordé nos douleurs à ta musique, tu as offert des instants de grâce. Pour tout cela, nous te rendons hommage : nous prions pour que ton âme repose en paix, là où le chant ne finit pas, là où les notes montent vers l’infini.
Que l’on se souvienne de ton chant! Mais surtout, que l’on continue ton œuvre : que la musique vaudou ait sa place, que les voix comme la tienne continuent de se lever, pour que ce que tu as semé germe à nouveau.
Merci, Fabienne Denis, pour chaque souffle, chaque vibration, chaque mot porté à bout de cœur. Tu demeureras, dans nos mémoires, une voix vive.
